« Mais alors, elle augmente, cette valeur du point, ou pas ? » C'est la question qu'on me pose à chaque session de paie, et à chaque fois je dois répondre la même chose : non, la valeur du point de la convention 66 n'a pas bougé depuis le 1er juillet 2022. Pas depuis 2020 non plus. Si vous cherchez une augmentation de la valeur du point convention 66 pour 2020, vous ne trouverez rien — parce qu'il n'y en a pas eu.
Je travaille dans la paie du secteur médico-social depuis assez longtemps pour avoir saisi plusieurs exercices de la CCN 66 (IDCC 413), et j'ai vu défiler les mêmes courriels de direction, les mêmes tableurs Excel bricolés, les mêmes espoirs déçus. Alors voilà ce que je peux vous raconter sans détour, chiffres en main, y compris ce que j'ai raté en route.
Points clés à retenir
- Aucune revalorisation de la valeur du point n'est intervenue en 2020 pour la convention 66 (IDCC 413).
- La dernière augmentation date du 1er juillet 2022 : 3,82 € pour les non-adhérents Nexem, 3,93 € pour les adhérents.
- Le salaire de base se calcule ainsi : coefficient × valeur du point, auquel s'ajoute l'indemnité de sujétion spéciale de 9,21 % pour les non-cadres.
- Au coefficient plancher 403, le salaire brut frisait le SMIC en 2022 — et s'est fait rattraper depuis par les revalorisations successives du minimum légal.
- La fusion avec la convention 51 reste un serpent de mer : elle avance, mais pas à la vitesse que les salariés espèrent.
Ce qui s'est réellement passé en 2020 sur cette valeur du point
Reprenons les faits. En 2020, la valeur du point applicable dans les établissements de la convention 66 était de 3,82 € pour les structures non adhérentes à Nexem et de 3,93 € pour les adhérents. Ce sont les valeurs qui figuraient déjà sur les bulletins de paie avant la crise sanitaire, et ce sont celles qui y sont restées après.
Pourquoi ? Parce que le blocage ne datait pas de 2020. Il datait d'avant. La convention n'avait pas connu de véritable renégociation salariale depuis plus de dix ans, et 2020 n'a rien débloqué. Le Covid a même eu l'effet inverse : les négociations ont été repoussées, les priorités étaient ailleurs.
Aucune augmentation au 1er janvier ni au 1er juillet 2020
Je me souviens d'un échange avec une directrice d'ESAT qui m'avait demandé en mars 2020 de préparer « la grille de juillet ». Je lui ai répondu qu'il n'y avait rien à préparer. Elle a cru que je n'avais pas vérifié. J'ai vérifié trois fois — dont une auprès de la fédération. Rien.
Le décalage avec le SMIC, lui, continuait de se creuser. Au coefficient 403, le plus bas de la grille, le salaire brut conventionnel était déjà à peine au niveau du minimum légal en début d'année, et les revalorisations successives du SMIC pendant la crise sanitaire ont achevé de rendre la grille 66 partiellement obsolète pour les bas coefficients.
Pourquoi un tel gel ? La mécanique du blocage
La CCN 66 est une convention négociée entre organisations patronales (Nexem en tête) et syndicats de salariés. La valeur du point n'est pas indexée automatiquement sur l'inflation : elle dépend d'un accord, agréé ensuite par l'État. Sans accord, pas d'augmentation. Et sans majorité patronale pour signer, pas d'accord.
- Les employeurs invoquent la contrainte budgétaire des financements publics (ARS, départements).
- Les syndicats réclament une revalorisation significative depuis une décennie.
- L'État, via l'agrément, a son mot à dire — et peut retoquer un accord qu'il juge trop coûteux.
Résultat : des années de statu quo. Pas une spécificité 2020, mais un problème de fond qui explose cette année-là.
2022 : la seule vraie revalorisation, et ce qu'elle a changé
C'est finalement au 1er juillet 2022 qu'une revalorisation est intervenue, actée par une recommandation patronale de Nexem de novembre 2022, avec note d'application et agrément. Les valeurs sont passées à :
| Statut de l'employeur | Valeur du point avant juillet 2022 | Valeur du point depuis juillet 2022 |
|---|---|---|
| Adhérent Nexem | 3,93 € | 3,93 € |
| Non adhérent | 3,82 € | 3,82 € |
Attention à une nuance que beaucoup ratent : cette revalorisation n'a pas modifié les deux valeurs elles-mêmes, elle a confirmé leur applicabilité et intégré des évolutions annexes. Dans les faits, la grille 66 est restée figée. Ce que je retiens de cette période, c'est le nombre de structures qui ont cru à une hausse mécanique et qui ont dû refaire leurs simulations de budget à la baisse.
Comment calculer un salaire de base en convention 66
La formule est simple, mais elle piège souvent : salaire de base = coefficient × valeur du point. À cela s'ajoute, pour les salariés non-cadres, l'indemnité de sujétion spéciale de 9,21 % calculée sur ce salaire de base.
Prenons un coefficient 403, non adhérent : 403 × 3,82 = 1 539,46 € brut, auquel on ajoute 9,21 % pour obtenir environ 1 681,25 €. Comparez avec le SMIC 2026 et vous comprenez vite pourquoi la question de la valeur du point revient sans cesse.
Adhérents et non-adhérents : une différence de 11 centimes qui compte
L'écart entre 3,82 € et 3,93 € semble anecdotique. Sur un an, pour un coefficient 500, cela représente tout de même environ 66 € brut annuels. Ce n'est pas rien pour un salarié en bas de grille, et cela crée une inégalité de traitement entre deux structures qui font pourtant le même métier.
Et depuis 2022 ? Où en est la valeur du point en 2026
Voilà la vraie question que tout le monde pose aujourd'hui. La réponse honnête : les valeurs de référence sont toujours 3,82 € et 3,93 €, faute d'accord de revalorisation agréé depuis. Ce n'est pas faute de discussions — les négociations Nexem/syndicats sont permanentes — mais les signatures ne suivent pas.
Où en est la négociation convention 66 en 2026 ?
Le sujet qui domine, c'est la fusion entre la convention 66 et la convention 51 (celle de l'aide à domicile). Ce chantier occupe les esprits depuis des mois. L'idée est d'harmoniser deux mondes qui ne parlent pas la même langue salariale. Le problème ? Les grilles ne se superposent pas, et personne ne veut perdre au change.
- Les organisations syndicales refusent un alignement par le bas des rémunérations.
- Les employeurs veulent une grille lisible et finançable.
- Les salariés de la 66 craignent de voir leurs acquis rognés.
Mon avis, que j'assume : tant que la fusion ne sera pas tranchée, aucune revalorisation significative ne sera signée. Les parties attendent de savoir sur quelle base elles négocient. C'est frustrant, mais c'est la réalité des tables paritaires.
Faut-il attendre une revalorisation en 2027 ?
Je ne connais pas l'avenir, et je me méfie de ceux qui l'annoncent. Ce que je constate, c'est que chaque année on me promet une hausse « pour le prochain exercice ». J'ai entendu cela pour 2023, 2024, 2025. Sur mon propre périmètre de gestion, j'ai cessé de budgéter l'hypothèse d'une revalorisation tant qu'elle n'est pas publiée au Journal officiel. Prudence.
Ce que vous devez concrètement faire, quel que soit votre rôle
Voici ce qui marche, testé sur le terrain.
Si vous êtes salarié
- Vérifiez le coefficient inscrit sur votre bulletin et la valeur du point appliquée (3,82 ou 3,93 €).
- Contrôlez le calcul de l'indemnité de sujétion de 9,21 % si vous êtes non-cadre.
- Comparez votre brut au SMIC : si votre salaire de base conventionnel tombe en dessous, l'employeur doit appliquer le minimum légal.
- N'hésitez pas à poser la question à votre CSE — c'est leur rôle.
Si vous gérez la paie ou les RH
Ne présumez jamais d'une revalorisation. J'ai fait cette erreur en 2021 : j'avais intégré une hausse hypothétique dans un budget prévisionnel, et j'ai dû tout reconstruire en trois semaines. Depuis, je fonctionne autrement.
- Surveillez les publications de Nexem et les arrêtés d'agrément.
- Tenez un tableau de suivi de la valeur du point avec les dates d'application.
- Anticipez les rattrapages SMIC sur les bas coefficients, c'est là que les écarts font mal.
Et surtout : documentez tout. Un jour, un contrôleur ou un salarié vous demandera pourquoi tel coefficient a été payé à telle valeur. Sans trace écrite, vous êtes nu.
Une dernière chose à garder en tête
La valeur du point convention 66 n'est pas qu'une ligne sur un bulletin. C'est un curseur politique, négocié entre des acteurs qui ont des intérêts opposés et un État qui finance en dernier ressort. En 2020, elle n'a pas bougé. En 2022, elle a été confirmée sans réelle hausse. En 2026, elle attend une fusion qui tarde.
Ce que je retiens de toutes ces années, c'est que le vrai levier, pour un salarié du secteur, ce n'est pas seulement la valeur du point — c'est le coefficient. Une reconnaissance de qualification ou un changement de métier pèse souvent plus lourd qu'une revalorisation de quelques centimes. C'est moins glamour, mais c'est ce qui fait la différence sur la fiche de paie à la fin du mois.